Et si c’était l’heure des éleveurs ?

Le scandale VEVIBA et de ses pratiques frauduleuses est une opportunité pour les éleveurs belges et wallons. Celle de reprendre pied dans l’aval de la filière et d’y transformer les rapports de force avec l’engagement des consommateurs et le soutien des pouvoirs publics.

Depuis 20 ans, l’élargissement de l’Europe à l’Est, les accords commerciaux internationaux, la réduction des budgets agricoles européens et le démantèlement des outils de régulation ont fragilisé la position des agriculteurs et éleveurs. Il y a 10 millions d’exploitations agricoles en Europe et près de 37.000 en Belgique, mais que pèsent-ils face à la dizaine de géants de l’agro-alimentaire et à la poignée d’acheteurs que représentent les grandes chaînes de la distribution en Belgique ?

A cette position fragile des éleveurs, vient s’ajouter une tendance constante de la baisse de consommation de viande en Europe. En Belgique, la viande est très largement distribuée via les grandes surfaces qui l’ont positionnée comme un produit d’appel. Par rapport à la France, elle est en moyenne 26% moins cher qu’en France ![1]

Comme me l’expliquait récemment un jeune éleveur de ma commune, les animaux qu’il fournit à son acheteur sont destinés à être ensuite vendus en grande surface. Même s’il veut faire de la qualité, comment sa production et son travail pourront-t-il se distinguer dans l’anonymat d’une barquette placée dans un rayon ? Au final, ni l’éleveur, ni le consommateur n’y trouvent leur compte !

Le marché de la viande en Belgique mérite d’être mieux structuré et donc segmenté en valorisant le travail de qualité mené par nombre d’éleveurs. Il doit permettre de valoriser les élevages liés au sol, l’herbage de nos prairies, sans pesticides, et favorisant le bien-être animal. Sans doute, mangerons-nous moins de viande demain, mais en choisissant des produits de qualité et en acceptant de payer un prix plus élevé au kilo.

Les conditions sont aujourd’hui réunies pour faire grandir une telle filière chez nous : des consommateurs qui souhaitent de la viande de qualité issue d’élevages durables, des éleveurs qui souhaitent retrouver le sens de leur métier et une rémunération juste de leur labeur.    

Comme dans le secteur du lait ou du sucre où de nouvelles coopératives d’agriculteurs se créent pour développer leur propre filière de transformation ou de commercialisation, les éleveurs bovins peuvent tirer profit de la crise actuelle pour faire émerger une ou plusieurs coopératives et reprendre pied dans l’aval de la filière. Ils peuvent compter sur le soutien de la Wallonie et de l’Europe, notamment via les aides aux coopératives agricoles, mais ils auront aussi besoin du soutien des consommateurs. Si nous voulons manger des aliments plus sûrs et meilleurs, nous devons aussi faire des choix !


[1] Institut des Comptes Nationaux - 2013